La télérelève des compteurs d’eau, une alliée pour moderniser le service public – Interview de la régie des eaux de Saumur

Lundi 17 mars 2025

En 2021, l’agglomération de Saumur a amorcé une migration vers la télérelève et la connectivité. Décryptage d’un choix stratégique et politique au moins autant que technologique avec Didier Tabourier, Chef de secteur distribution Régie – Eaux Saumur Val de Loire.

Comment s’organise la gestion de l’eau sur l’agglomération de Saumur ?

En janvier 2018, à la suite de la loi NOTRe, l’EPCI Saumur Val de Loire a pris en charge la compétence eau potable et assainissement pour ses 45 communes. Nous nous sommes alors retrouvés face à une situation complexe : des contrats de délégation de services publics datant de plus de 40 ans, plusieurs syndicats et plusieurs régies.

Le choix politique qui a été retenu a été de diviser le territoire en 2 parties.

  • La première, couvrant 32 communes (38 084 abonnés), a fait l'objet d'une délégation de service public attribuée à la SAUR à partir du 1er janvier 2021, pour une durée de 10 ans.
  • La seconde, comprenant 13 communes et 11 700 abonnés, est gérée en régie totale.

Vous avez opté pour la généralisation de la télérelève. Pour quelles raisons ?

Nous partions d’une configuration particulièrement hétérogène. Sur certaines zones, la relève des compteurs se faisait encore manuellement, comme il y a 30 ans, tandis que d’autres secteurs bénéficiaient d’outils plus avancés, notamment des dispositifs de détection de fuites intégrés par certains syndicats. L’agglomération, de son côté, avait mis en place un système de radio-relève, mais de manière disparate : certaines installations utilisaient des têtes radio, d’autres des têtes filaires.

Lors du transfert de compétences, l’agglomération a souhaité fixer des objectifs ambitieux en intégrant au contrat de délégation de service des indicateurs de performance stricts. Le délégataire retenu, la SAUR, devait ainsi déployer la télérelève sur 100 % du territoire en seulement deux ans. Pour la partie en régie, les élus avaient initialement prévu une couverture intégrale en radio-relève d’ici 2031. Toutefois, ils ont finalement décidé d’aligner la régie sur le même standard que la SAUR, en optant pour la télérelève. Cette décision a été prise sans qu’un état des lieux préalable ne soit réalisé pour évaluer en détail la faisabilité du projet.

Le territoire couvert était-il compatible avec une bascule vers la télérelève ?

Dès 2021, nous avons initié une étude de faisabilité en interne, complétée par une analyse externalisée confiée au bureau d’études Idéo Conseil. La migration vers la télérelève a reçu un avis favorable. Ce choix s’est avéré d’autant plus pertinent que la configuration du territoire, caractérisée par ses vallons et reliefs, était particulièrement adaptée à ce type de déploiement.

Avec quels partenaires travaillez-vous ?

 

À la suite d’un appel d’offres pour le déploiement du réseau de connectivité, Sogetrel a été retenue en tant qu’attributaire principal. L’entreprise est chargée du déploiement du réseau LoRaWAN, notamment par l’installation de l’infrastructure, tandis que Requea, en tant que co-traitant, assure la connectivité et l’architecture nécessaires au rapatriement des données. Toutefois, notre principal interlocuteur reste Sogetrel.

Concernant les outils, nous poursuivons notre collaboration avec :

  • JVS Omega pour la facturation et le Portail Abonnés ;
  • Dioptase pour la relève et la gestion patrimoniale des compteurs, et avec Itron pour le choix technique des compteurs.

“Désormais, lorsque nous annonçons aux abonnés la mise en place de deux facturations par an, ils ont l’assurance que celles-ci reflètent leur consommation réelle. La connectivité nous permet également d’être beaucoup plus réactifs face aux problèmes ou aux réclamations.”

 

Didier Tabourier, Chef de secteur distribution Régie – Eaux Saumur Val de Loire.

 

Pour la régie, qu’est-ce que la connectivité change dans la relation aux abonnés ?

Grâce à la connectivité, nous disposons d’informations précises sur les consommations. Par exemple, en cas de fuite, nous pouvons identifier avec exactitude quand elle a commencé et quand elle a été résolue. Désormais, lorsque nous annonçons aux abonnés la mise en place de deux facturations par an, ils ont l’assurance que celles-ci reflètent leur consommation réelle. La connectivité nous permet également d’être beaucoup plus réactifs face aux problèmes ou aux réclamations. Depuis début 2025, nous sommes en mesure d’alerter rapidement nos abonnés par SMS ou email en cas de consommation anormale, ce qui renforce la transparence et la confiance dans notre service.

Le choix de la télérelève vous oblige-t-il à faire évoluer vos métiers ?

Il y a quelques années, la relève des compteurs mobilisait 2,5 équivalents temps plein (ETP), principalement en manuel. Cette situation était due soit à l'absence de radio-relève, soit à des systèmes peu performants. Il arrivait ainsi que nos agents doivent frapper à la porte d’un abonné pour relever son compteur, alors qu’une tête de radio-relève avait été installée trois ans plus tôt, ce qui pouvait générer de l’incompréhension et du mécontentement.

Grâce à la connectivité, nous avons optimisé le temps consacré à cette mission en passant à 0,2 ETP, ce qui a permis au service de se professionnaliser. Cela nous a offert l’opportunité de recentrer les agents sur des missions à plus forte valeur ajoutée, notamment l’amélioration de la relation clientèle et l’exploitation de nos réseaux – qui s’étendent sur 817 km pour l’eau potable et 110 km pour l’assainissement collectif – et qui, depuis leur création, ont malheureusement bénéficié de peu de suivi et d’entretien.

Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette conversion à la télérelève ?

Nos élus ont souhaité une véritable évolution et ce projet a mobilisé 1,4 million d’euros d’investissement pour développer le réseau bas débit (LoRaWAN), recruter du personnel et renouveler les compteurs. Avec nos partenaires, nous avons exploré de nombreuses solutions avant de faire des choix ambitieux : aller au-delà de la simple télérelève en proposant un véritable service aux abonnés. Grâce au portail en ligne, ils peuvent désormais payer leurs factures, consulter leurs relèves et leur historique de facturation, ainsi que réaliser diverses démarches en toute autonomie.

Aujourd’hui, notre expertise attire des confrères venus de toute la France, qui souhaitent s’inspirer de notre modèle pour déployer la télérelève sur leur propre territoire. Cette reconnaissance est une source de fierté et témoigne de l’impact positif de notre démarche.

Bien que nous ayons entamé l’analyse complète de notre architecture depuis quelques semaines, il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif. Les six prochains mois seront décisifs pour évaluer en profondeur notre travail et ajuster certains aspects si nécessaire. Mais à ce jour, le bilan est positif.

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