Territoire intelligent : les enjeux et les écueils à éviter

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Le territoire intelligent ressemble à une poupée russe. À l’intérieur, on y trouve les smart cities, les smart buildings, les smart grids et les smart homes. Pour chacun d’eux, l’objectif est le même : faciliter la vie de ceux qui y habitent et réduire l’impact environnemental des infrastructures. Véritable défi pour les collectivités, le concept de territoire connecté est encore loin d’être étendu en France. Seules quelques collectivités locales se sont saisies du sujet pour renforcer leur attractivité. Avant de se lancer dans l’aventure smart territoire, les différentes parties prenantes doivent préalablement définir les enjeux auxquels elles devront répondre et s’enquérir des écueils à éviter. Explications.

Qu’est-ce qu’un territoire intelligent ?

En réalité il n’y a pas un modèle de territoire connecté mais plusieurs. A fortiori, le premier dénominateur commun est le pilotage de la data par les services publics et les politiques publiques grâce aux outils numériques. Cependant, ce pilotage se fait au rythme des collectivités, selon leurs moyens, leur calendrier de déploiement des actions et leurs solutions IoT (Internet of Things). Néanmoins, chaque initiative locale lancée dans le projet de territoire intelligent répond à quatre objectifs communs :

  • La mise en place d’une politique globale : démontrer les progrès accomplis sur son territoire en intégrant la transition écologique et la mobilité verte.
  • La mise en place d’une politique locale : développer son offre servicielle et rendre son territoire plus facile et efficient aux usagers.
  • L’inclusion des citoyens à la gouvernance des projets sans créer de fracture avec ceux souffrant d’illectronisme.
  • L’investissement économique qui valorise l’image de marque du territoire et œuvre à son rayonnement.
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Les enjeux du territoire intelligent/connecté

Territoire intelligent : un projet sociétal

L’innovation d’un territoire repose sur l’écosystème qui le compose. Sans une gouvernance établie, les développements urbains et humains ne sont pas conciliables. Doivent être associés les usagers, les entreprises privées, les acteurs sociaux et académiques, les associations et les start-ups de la smart city. La symbiose de l’écosystème repose donc sur une gouvernance regroupant un comité exécutif (acteurs privés et publics) et un comité d’expert pour apporter des conseils.

Territoire intelligent : quel retour sur investissement ?

Pour de nombreuses collectivités, équiper son territoire est coûteux. Lorsque des investissements publics sont en jeu, chaque euro dépensé doit être justifié et apporter des bénéfices pour les contribuables. Si les résultats sont quantifiables quand il s’agit de réduire la facture énergétique, ceux de la mobilité intelligente le sont moins mais n’en sont pas moins nombreux. Prenons l’exemple du dispositif de visio-guichet. Les usagers peuvent accéder aux services publics sans se déplacer. Pour eux, le gain se voit surtout sur le temps et le coût du transport alors que pour la collectivité, cela permet de réduire l’accidentologie et les émissions de CO2. On parlera alors de gains sociaux-économico-environnementaux, dont découleront des gains financiers. En effet, si le visio-guichet réduit le risque d’accidents de la route, il réduit également les coûts d’hôpitaux que cela peut engendrer. Dans une étude établie en 2017, la Caisse des dépôts a analysé les projets mis en place à Rilleux-La-Pape sur l’éclairage public. La ville a équipé son parc de LED, de détecteurs de présence et de variateurs d’intensité avec une plateforme de télégestion. Les auteurs ont relevé que la « valeur collective créée dépassait largement les coûts du projet » : pour un euro dépensé, la valeur collective atteignait les 6 euros. Mesurer l’impact des projets de territoires intelligents constitue donc un véritable levier aux politiques publiques pour légitimer leurs décisions et rassurer les usagers.

Territoire intelligent : un territoire durable ?

Les projets de territoire intelligent ne peuvent éclore que si les considérations écologiques sont prises en compte. Transition numérique et transition écologique doivent converger pour répondre aux attentes des citoyens. La gestion des déchets est un bon exemple de territoire connecté. Des capteurs équipent les conteneurs et mesurent leur taux de remplissage pour optimiser la collecte.

Les énergies renouvelables sont également mises à contribution dans les territoires intelligents. Les bâtiments ou le mobilier urbain se dotent de panneaux photovoltaïques pour une autoconsommation au bilan carbone positif. Le principe de territoire intelligent est donc d’ériger le développement durable dans les communes et de basculer vers la transition énergétique dans ses infrastructures.

Territoire intelligent : quels sont les écueils à éviter ?

Un manque de cadrage stratégique et de partage d’expérience

Des projets d’envergure comme le territoire connecté ne doivent pas être réalisés à la légère. L’inspection générale de l’Administration (IGA) s’est d’ailleurs penchée sur le sujet et a publié en janvier 2022 un rapport sur les territoires intelligents et le service public local connecté. Elle s’est posé la question de savoir s’il pouvait y avoir un modèle de territoire connecté. En analysant les initiatives locales, elle a d’abord constaté que si les projets lancés étaient globalement les mêmes, elle a souligné que le manque de cadre stratégique et l’insuffisance de démarches d’évaluation se heurtaient à des « enjeux de sécurité, de souveraineté et de sobriété numériques encore insuffisante et d’une gouvernance locale du numérique faiblement participative en dépit d’initiatives émergentes ». Pour l’IGA, les territoires connectés ne doivent pas adopter une démarche autocentrée mais au contraire, mettre en commun leurs pratiques et les partager aux collectivités locales et aux acteurs économiques.

Pour redynamiser leur territoire, des métropoles comme Dijon ou Angers ont misé sur l’approche « smart ». Leur modèle a nécessité la construction d’une vision globale de ce qu’est le smart territoire, un engouement fort des élus et la mobilisation de toutes les ressources pour y arriver. Si les villes ont largement relayé leur succès, elles sont restées plus secrètes sur leurs écueils et la manière dont elles y sont arrivées. Pour la Direction générale des entreprises, dans une étude parue en 2020,  « l’absence de capitalisation et de mutualisation des expériences nuit gravement à la compréhension globale de ce qui marche bien ou pas et n’aide aucunement les exécutifs locaux à choisir parmi les technologies structurantes et les nombreux outils numériques qui leur sont proposés ».

L’absence d’inclusion des citoyens aux projets smart territoire

Le territoire connecté mobilise un ensemble de parties prenantes mais la première d’entre elle est le citoyen. Le territoire intelligent de demain doit impliquer les usagers dans les projets qui les concernent, et les confronter aux enjeux autour de la confiance dans les outils numériques et les conditions d’utilisation des données. Penser que le territoire intelligent ne l’est que grâce à la technologie est un écueil en soi. Il faut une vision et une ambition commune dont les bénéfices sont serviciels et environnementaux, tout en tenant compte du fait que certains citoyens ne peuvent pas ou ne veulent pas se confronter aux outils numériques. Pour certains, le smart territoire peut s’apparenter à un Etat Big Brother où le tout numérique n’agit pas dans leur intérêt mais pour les surveiller. D’où l’intérêt pour les territoires d’anticiper ces craintes en incluant les citoyens aux prémices des projets.

Lancer des projets à tout-va sans en maîtriser les investissements

Investir dans un territoire connecté n’est pas anodin. Un projet « smart » lancé mais non abouti ne fera pas réaliser d’économies à la collectivité ! Il est donc nécessaire d’avoir une réelle logique entre les projets pour s’assurer que leur pilotage se fasse de façon efficiente : ne pas ressaisir la donnée captée, privilégier les API, s’assurer qu’un projet ne dépend pas d’un prestataire au risque de devoir reconstruire le service en cas de changement…

En résumé, pour être pérennes, les projets de territoires intelligents doivent améliorer la qualité de vie des usagers, préserver l’impact environnemental, et enfin être collaboratif et suffisamment inclusif pour que chaque citoyen y trouve son compte.

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